C'
est une gorge étroite,
très profonde, très vegétalisée, alternée
de quelques défilés de falaises rocheuses, d' une pente
très faible (3 à 4%) sur 3 km jusqu'à la JASSE
du PISTOLE. La carte de la couverture végétale dressée
par monsieur CHAUDIÈRE, stagiaire à l'Office National
des forêts en 1993 est symptomatique de la géographie du
Vallon et de son Histoire. La SERRE de la GARENNE (rive gauche) plus
rocheuse est toujours porteuse de la SYLVE ORIGINELLE constituée
en dominante de chênes verts et blancs; les flancs de montagne
(rive droite) quant ils sont rocheux en "pied de gorge" porte
aussi le chêne vert tandis que les plus grandes parties, plus
terreuses, montant très haut vers les cimes sont couvertes de
châtaigniers, aujourd'hui en taillis, mais implantés en
vergers au XVIème siècle (1) sous l'influence
d'OLIVIER DE SERRES au lieu et place du chêne pubescent qui subsiste
toujours dans certaines zones, la Hêtraie occupant les faces Nord.
Comme
on peut le voir, les résineux (cèdres, laricios, douglas,
pin noir etc ...) occupent les anciennes pelouses sur les cimes ou parties
hautes faciles d'accès mécanique (haut de l'Abélanède,
du Col sans nom, Trépadou, Mas Castel, Col de Services, Col du
Liourel, Cirque des Vignières et du Méguillou). Seul un
périmètre de GRANDS LARICIOS (30 à 40 m) est dans
l'ENTRE-DEUX, entre JASSE du PISTOLE et MAS CASTEL.
Historiquement
(archives civiles et religieuses de CAMPLONG depuis 1550) 3 Métairies
occupaient le Vallon de l'Espaze et 2 Métairies le Vallon de
Roumégousse. Contrats à MI-FRUIT consentis par les BARONS
de BOUSSAGUES qui détenaient le DROIT DES SOLS. Elles ont contribué
pendant 3 siècles à l'occupation et la gestion de l'Espace
quand on se battait pour la survie et que jusqu'en 1750 le pourcentage
de la population active agricole était en France de l'ordre de
80%. Il faut imaginer le déploiement de la force musculaire qu'il
a fallu pour couper, arracher 500 hectares de chênes pubescents
et les replanter en vergers de châtaigniers (voir à la
mairie carte de la châtaigneraie en 1850) en construisant des
murets de soutènement en pierres sèches suivant les courbes
de niveaux, les voies d'accès (2), les séchoirs
à châtaignes, les "pansières" et béals
d'irrigation des prairies qui occupaient les fonds alluvionnaires du
Vallon sur quasiment toute sa longueur.
Aujourd'hui,
ces anciennes prairies sont naturellement occupées par la grande
variété des 172 espèces arbustives (3 à
40 m de haut) bien décrites par monsieur CHAUDIÈRE dans
son rapport et traversées par le SENTIER de DÉCOUVERTE
de L'ARBORÉTUM PALÉO-BIOLOGIQUE des MONTS d'ORB où
a été posé jusqu'au COL SANS NOM toute la signalétique
pédagogique.
L'histoire
de ce BIOTOPE, avec ses traces, constructions, vestiges toujours visibles
est l'un des fondements majeurs avec la locale autour de Ferdinand FABRE.
CAMPLONG au cœur de ce BIOTOPE au début de l'exploitation minière
en 1810 ne comptait-il pas 600 habitants groupés avec 40 agriculteurs-cultivateurs,
7 tonneliers, 4 sabotiers, 4 menuisiers, 15 fabricants de bas, 11 tisserands,
2 faiseurs de filets, 4 tailleurs d'habits, 9 cordonniers, 9 mineurs,
6 marchands de mulets, 5 voituriers, 4 cloutiers, 3 bouchers, 3 maçons,
2 serruriers, 1 maréchal. Camplong ne comptait-il pas encore
en 1940 toujours 650 habitants après en avoir eu 860 en 1890:
5 agriculteurs à plein temps, 150 mineurs-paysans, 4 troupeaux
d'un total de 200 ovins et un ensemble caprin de 230 têtes, le
tout aujourd'hui disparu.
Après
cette longue histoire, on peut constater plusieurs choses intéressantes.
D'abord, en fonds de Vallon, sur les terres alluvionnaires qu'occupaient
les prairies aujourd'hui abandonnées, ce sont des glands verts
qui occupaient les pentes rocheuses en "pied de gorge" qui
ont généré des sujets de hauteur imposante. On
peut encore observer calés entre les tiges des taillis la grosseur
des troncs des châtaigniers en verger et leur alignement qui quadrille
les pentes.
On
peut constater ensuite que le relief tourmenté de nos montagnes
a permis de maintenir les multiples espèces de résineux
plantés par l'ONF sur les cimes s'intercalant souvent avec les
chênes, les châtaigniers et les hêtres et d'en mélanger
les tons.
Enfin,
le sentier de découverte du Vallon de l'Espaze jusqu'au COL SANS
NOM, le sentier de l'ABANÈDE du COL DE LA PAUSE au pied du MAS
CASTEL permet de bien observer la régénérescence
permanente de toutes les espèces arbustives recensées (des aïeux
aux tous jeunes) qui confirme la justesse du Conseil Scientifique qui
a souhaité que l'on qualifie ce magnifique "Biotope"
D'ARBORÉTUM PALÉO-BIOLOGIQUE des Monts d'Orb. Il serait
injuste de ne pas souligner que sans l'O.N.F., nous ne jouirions pas
d'un des plus beaux réseau d'allées forestières
en "balcon" de la région, car les plus anciens se rappellent
qu'avant 1940, le passage était déjà réduit
à sa plus simple expression.
André
DUPUY (article paru dans la brochure municipale de 1995)

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(1) Plantés
d'abord en verger, les châtaigniers furent coupés à partir
de 1840/1850 pour alimenter les tanneries de Bédarieux après
la découverte en 1816 des propriétés du tanin pour
transformer les peaux en cuir.
(2) Les chemins du
Mas Castel et d'Abélanède constituent de véritables
petits chef-d'œuvre de nos Ancêtres tant pour le déroulement
paysager et arbustif que pour la maîtrise de l'érosion.